Culture

Amazighs : alphabet interdit, reines guerrières et Coran en tamazight

Tifinagh sauvé par les femmes, Dihya face aux armées arabes, Barghawata et leur Coran berbère de 80 sourates : l'histoire amazighe sourcée.

Par Yazid El-Wali 19 mars 2026 21 min de lecture
Amina, 30 ans — Les Amazighs alphabet, reines guerrières et Coran en tamazight
Amina, 30 ans — Les Amazighs alphabet, reines guerrières et Coran en tamazight

Les Amazighs : alphabet interdit, reines guerrières et Coran en tamazight

Tu sais pourquoi le tifinagh existe encore ? Parce qu’on a interdit l’école aux femmes. Les Touarègues, exclues de l’enseignement coranique en arabe, ont préservé l’alphabet dans le sable, sur leur peau, dans leurs bijoux. Exclusion, monopole culturel, survie. Un alphabet vieux de plus de 2 500 ans sauvé par celles qu’on avait mises de côté.

L’identité amazighe est un paradoxe vivant. Millénaire dans ses racines, moderne dans ses formulations. Le libyque gravé dans la pierre au VIe siècle avant notre ère, mais standardisé par l’IRCAM (Institut Royal de la Culture Amazighe) en 2003. Yennayer fêtée depuis l’époque romaine, mais son millésime inventé à Paris en 1968.

Cet article raconte ce que les sources disent vraiment. Pas le mythe WhatsApp, pas la propagande nationaliste. Les faits, les débats, les zones d’ombre. Parce qu’être fier, ça commence par savoir.


Un alphabet sauvé par le sable et les tatouages

Le tifinagh descend du libyque. Plus d’un millier d’inscriptions répertoriées dans le Recueil des inscriptions libyques de J.-B. Chabot (1940). La plus ancienne inscription datée : une dédicace bilingue libyque-punique au sanctuaire de Massinissa à Dougga (Thugga, Tunisie), correspondant à l’an 10 de Micipsa, soit 139 av. J.-C. Découverte en 1904. Aujourd’hui au Musée du Bardo.

Des inscriptions plus anciennes mais non datées existent. Une céramique de Tiddis (Algérie, IIIe s. av. J.-C.). Gabriel Camps estimait les vestiges les plus anciens à environ 500 av. J.-C.

Dominique Casajus (CNRS, Centre d’études des mondes africains) a publié en 2013 l’article fondateur “Sur l’origine de l’écriture libyque” (Afriques, DOI : 10.4000/afriques.1203), développé dans L’Alphabet touareg (CNRS Éditions, 2015 — prix Robert-Cornevin 2015, prix Georges-Dumézil 2016). Sa thèse : les créateurs du libyque ont emprunté au moins quatre lettres au phénicien/punique, et inventé les autres par procédés géométriques — symétrie, rotation, doublement. Datation proposée : VIe-IVe siècle av. J.-C.

Maarten Kossmann (Université de Leiden) a objecté dans sa recension du Journal of African Languages and Linguistics (vol. 36, n° 2, 2015) que les Grecs, confrontés au même problème de phonèmes inconnus du phénicien, n’avaient pas inventé de signes nouveaux. L’argument n’est donc pas décisif. Le débat reste ouvert.

L’étymologie dominante de “tifinagh” : du latin Punicus via la racine berbère FNQ, “les lettres phéniciennes/puniques” (Salem Chaker, Textes en linguistique berbère, CNRS, 1984). Casajus la qualifie de plausible mais non certaine. L’alternative — du verbe touareg efnegh (“écrire”) — est considérée comme dérivation secondaire : le verbe provient probablement du nom, pas l’inverse.

Les femmes gardiennes de l’écriture

C’est la partie que personne ne raconte dans les discussions familiales.

Karl-G. Prasse (The Tuaregs: The Blue People, Museum Tusculanum Press, 1995, p. 30-32) et Hélène Claudot-Hawad (Encyclopédie berbère XVII, 1996, p. 2573-2580 ; “Les tifinagh comme écriture du détournement”, Études et Documents Berbères 23(1), 2005) documentent le même phénomène. Les femmes touarègues, interdites d’école coranique en arabe, ont gardé le tifinagh vivant. Elles l’ont transmis par le sable, les tatouages, les bijoux, les tapis, la poterie.

Le mécanisme est limpide. L’école coranique — seul système éducatif formel en zone saharienne — enseignait l’arabe exclusivement. Les hommes y allaient. Les femmes, exclues, n’ont jamais adopté l’alphabet arabe. Le tifinagh est resté leur outil. Leur monopole.

Nuance indispensable : chez les Touaregs, le tifinagh servait aux messages courts, lettres d’amour, graffiti et jeux. Pas à la production littéraire ou administrative. Un alphabet domestique, intime, féminin — et c’est précisément pour ça qu’il a survécu. Les colonisateurs et les missionnaires n’y ont jamais vu une menace. Trop modeste. Trop féminin. Trop invisible.

De la prison à la Constitution : 9 ans

En 1994, à Errachidia, sept enseignants de l’association Tilelli (Liberté) de Goulmima sont arrêtés lors du défilé du 1er Mai. Leur crime : des banderoles en tifinagh. Trois furent condamnés à des peines de prison. Libérés en appel après mobilisation internationale (David Crawford & Paul Silverstein, MERIP, décembre 2004).

Neuf ans plus tard, l’État marocain adoptait officiellement cet alphabet.

L’IRCAM, créé par dahir le 17 octobre 2001, adopta le néo-tifinagh en février 2003. 33 caractères incluant pour la première fois des voyelles — innovation majeure puisque le tifinagh touareg traditionnel était un abjad sans notation vocalique. Le choix du tifinagh plutôt que du latin ou de l’arabe fut un compromis politique tranché par Mohammed VI. Au sein de l’IRCAM, le vote fut serré : la crainte de représailles islamistes contre l’option latine pesait dans la balance (MERIP).

En mars 2005, le tifinagh intégra Unicode 4.1 (bloc U+2D30-U+2D7F, 59 points de code), sur proposition conjointe du Maroc, du Canada et de la France (document principal : L2/04-142, Patrick Andries, juin 2004). Pour la première fois, un alphabet amazigh pouvait être tapé sur un clavier, envoyé par mail, indexé par Google.

La Constitution de 2011 consacra le tamazight comme “langue officielle de l’État, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception” (article 5, Constitution du Maroc, 2011).

Détail textuel que peu remarquent : l’arabe “demeure” la langue officielle. Le tamazight “constitue” une langue officielle. L’article défini contre l’article indéfini. Hiérarchie inscrite dans la grammaire constitutionnelle. La loi organique n 26-16 ne fut adoptée que le 10 juin 2019 (vote unanime de la Chambre des représentants), promulguée par dahir n 1-19-121 du 12 septembre 2019. Huit ans entre la promesse constitutionnelle et le texte d’application.

Le vrai du faux

Le mythe : “Le tifinagh est le plus vieil alphabet du monde, avec 3 000 ans d’usage continu.”

La réalité : Le phénicien (~XIe s. av. J.-C.) est plus ancien de plusieurs siècles. Et l’usage n’a pas été continu : le libyque a disparu d’Afrique du Nord après la conquête arabe. Seuls les Touaregs ont maintenu l’usage au Sahara. La renaissance au nord du Sahara est un phénomène du XXe siècle (Casajus, 2015 ; Claudot-Hawad, 1996). Ce qui est vrai, et suffisamment remarquable : le tifinagh est le seul alphabet africain ancien à être devenu un standard informatique moderne.


Dihya, la reine que tout le monde revendique et que personne ne connaît vraiment

Dihya — surnommée al-Kahina (“la devineresse”) par ses adversaires arabes — est la figure la plus documentée et la plus instrumentalisée de l’histoire amazighe. La référence académique incontournable : Yves Modéran, “Kahena (Al-Kahina)”, Encyclopédie berbère, vol. 27, 2005, p. 4102-4111 (DOI : 10.4000/encyclopedieberbere.1306).

La chaîne des sources : qui raconte quoi

Avant de plonger dans l’histoire, comprendre qui la raconte. Les sources arabes forment une chaîne, et chaque maillon ajoute ou déforme.

Al-Waqidi (747-823) : la plus ancienne mention, perdue mais citée par Ibn al-Athir. Ibn Abd al-Hakam (c. 860) : premier texte conservé. Al-Raqiq al-Qayrawani (c. 972-1028) : texte également perdu. Al-Maliki (m. c. 1072, Riyad al-Nufus) : détail sur “l’idole”. Al-Bakri (m. 1094) : chronologie précoce. Ibn al-Athir (m. 1233) : synthèse orientale. Al-Nuwayri (m. 1332), at-Tijani (début XIVe s.), Ibn Idhari (c. 1306) : récits supplémentaires. Puis Ibn Khaldoun (1332-1406) : la version devenue canonique.

Huit siècles de transmission. Des textes perdus, des copiés de copiés, des agendas politiques. Modéran met en garde : privilégier Ibn Khaldoun a priori est “scientifiquement indéfendable”.

Ce qu’on sait : une victoire écrasante

Les faits militaires sont solides. Dihya a infligé une défaite majeure à Hassan ibn al-Nu’man dans la vallée de Meskiana (Oum el-Bouaghi, Algérie). Elle a poursuivi l’armée arabe jusqu’à Gabès. Hassan s’est replié en Cyrénaïque pendant environ cinq ans.

Les chronologies divergent : de 687 (al-Bakri) à 698-699 (Ibn al-Athir) pour la victoire, de 691-692 (al-Maliki) à 702-703 (Ibn Idhari) pour la défaite finale. Plus de dix ans d’écart entre les datations extrêmes. La politique de la terre brûlée est rapportée dès al-Raqiq (Xe siècle), mais Mohamed Talbi (1971, Cahiers de Tunisie, t. XIX, n 73-74, p. 19-52) et Modéran suspectent une exagération des chroniqueurs arabes pour justifier la dévastation réelle de l’Ifriqiya.

Sa mort eut lieu près d’un puits encore appelé Bir al-Kahina dans l’Aurès. Sa tête aurait été envoyée au calife omeyyade à Damas.

Ce qu’on ne sait pas : presque tout le reste

Point crucial de Modéran : aucun historien antérieur à Ibn Khaldoun (XIVe siècle) ne mentionne la tribu des Jerawa en lien avec Dihya. Les sources anciennes la décrivent comme “une femme berbère régnant dans l’Aurès.” At-Tijani la rattache aux Luwata (Rihla, texte arabe p. 57). L’affiliation aux Jerawa (confédération Zenata) est probablement une reconstruction d’Ibn Khaldoun dans sa grille généalogique Botr/Branes.

Ni son nom réel n’est certain. “Dihya” est une reconstitution moderne. “Al-Kahina” est un surnom donné par ses ennemis. Les sources ne s’accordent même pas sur la tribu, la confédération, la religion.

Juive, chrétienne ou païenne ?

Ibn Khaldoun affirme que les Jerawa faisaient partie de tribus “judaïsées”. Al-Maliki rapporte qu’elle transportait une “idole” (sanam). Mohamed Talbi et Gabriel Camps (L’Afrique du Nord au féminin, Perrin, 1992, p. 124-139) ont interprété cette “idole” comme une icône chrétienne. M’hamed Hassine Fantar (1987) y voyait une divinité berbère traditionnelle.

H.Z. Hirschberg (1963, Journal of African History, vol. 4, n 3, p. 313-339) a noté un fait troublant : dans les légendes orales des Juifs algériens, la Kahina est une ogresse persécutrice. Difficilement compatible avec une identité juive.

Le consensus actuel penche vers le christianisme, mais Modéran conclut prudemment : aucune certitude n’est possible. Et c’est exactement ce qu’il faut retenir. Quiconque te dit “Dihya était juive” ou “Dihya était chrétienne” avec assurance simplifie un débat que les spécialistes n’ont pas tranché en plus d’un siècle de recherche.


Kenza al-Awrabiyya : celle sans qui le Maroc n’aurait pas la même histoire

Si tu ne connais pas Kenza, c’est normal. Les chroniqueurs médiévaux ont fait le travail d’oubli pour toi.

Princesse de la tribu des Awraba (confédération Branes), Kenza épousa Idris Ier à Walili (Volubilis) vers 789. Ce mariage n’était pas une romance. C’était un pacte politique fondateur. L’alliance entre la légitimité chérifienne hashémite — Idris, descendant d’Ali et de Fatima — et la puissance tribale berbère des Awraba, qui dominaient la région.

L’assassinat et la survie

Quand Idris Ier fut empoisonné par un agent abbasside en 791, Kenza était enceinte. Idris II naquit en août 791. Sans cet enfant, sans cette grossesse, la lignée idrisside s’éteignait. Le califat abbasside aurait atteint son objectif.

Sous la régence conjointe de Kenza et de l’affranchi Rashid ibn Qadim — dont les monnaies frappées à Walila portent le nom —, le jeune État survécut plus d’une décennie. Idris II fut proclamé imam à Walili vers 802-803, à l’âge de onze ans (Encyclopédie berbère). Il fonda le quartier al-Aliya de Fès en 808-809, bien que des monnaies portant “Madinat Fas” datées de 801 et 805 suggèrent une fondation antérieure sous Idris Ier ou Rashid (Archnet).

L’affirmation “sans Kenza, pas de dynastie idrisside, pas de Fès” est historiquement défendable. Sans elle, la lignée s’éteignait avec l’assassinat d’Idris Ier. Mais la nuance s’impose : d’autres formations politiques existaient — Nekor au Rif, les Barghawata sur la côte atlantique, Sijilmassa dans le Tafilalet. La primauté ultérieure des Idrissides n’était pas inévitable.

L’angle mort des sources

Le Rawd al-Qirtas d’Ibn Abi Zar (début XIVe s.) mentionne le mariage et la naissance d’Idris II, mais accorde un traitement minimal au rôle politique de Kenza. Herman Beck (L’image d’Idris II, ses descendants de Fas et la politique sharifienne des sultans mérinides, Brill, 1989) est la référence moderne sur la période.

Les chroniqueurs arabes médiévaux, opérant dans un cadre patriarcal, ont systématiquement sous-documenté les rôles politiques féminins. L’agentivité de Kenza se lit dans les silences, pas dans des sources explicites. On sait qu’elle a assuré la régence parce que l’État a survécu. On ne sait presque rien de comment.

Quant au surnom “al-Mardiyya” (“l’Agréable”), il n’apparaît que chez Osire Glacier (Femmes politiques au Maroc d’hier à aujourd’hui, Tarik Éditions, 2016). Aucune source primaire médiévale ne l’atteste. Le nom de son père diverge selon les sources : “Ishaq ibn Muhammad al-Awrabi” dans la tradition populaire, mais J.M. Abun-Nasr (A History of the Maghrib in the Islamic Period, Cambridge UP, 1987, p. 51) donne “Uqba al-Awrabi”. Pas de consensus.

Dihya, Kenza, et plus tard Tin Hinan chez les Touaregs : trois femmes qui ont tenu des royaumes. Et que les chroniqueurs ont réduites à des notes de bas de page.


Les Barghawata : un Coran berbère dont il ne reste pas un mot

C’est l’histoire la plus folle de l’islam marocain. Et quasiment personne ne la connaît.

Confédération Masmuda installée sur la côte atlantique entre Safi et Salé à partir de 744, dans le sillage de la Grande Révolte berbère (739-740). Ce soulèvement, qui secoua tout le Maghreb, s’opposait à la discrimination fiscale et sociale des Omeyyades de Damas envers les convertis berbères. Les Barghawata en sont un produit direct.

Fondateur politique : Tarif al-Matghari. Prophète : son fils Salih ibn Tarif.

Presque tout ce que nous savons provient du témoignage d’Abu Salih Zammur, chef de prière barghawata qui visita la cour omeyyade de Cordoue en 963, rapporté par al-Bakri (Kitab al-Masalik wa-l-Mamalik, 1068 — traduit par H.T. Norris, The Berbers in Arabic Literature, Longman, 1982).

80 sourates en tamazight

Salih ibn Tarif se proclama prophète et dernier Mahdi. Il affirma qu’Isa (Jésus) serait son compagnon. Et il reçut — ou composa — une révélation de 80 sourates en langue berbère. Pas en arabe. En tamazight.

Les noms de sourates attestés par al-Bakri : Ayyub/Job (première), Yunus/Jonas (dernière), Salih, Pharaon/Fir’awn, Gog et Magog, al-Dajjal, Nemrod, le Veau, le Coq, les Sauterelles, le Serpent. Un syncrétisme dense, puisant dans l’islam, le christianisme et les croyances berbères préislamiques.

Pas une seule ligne n’a survécu. Trois siècles de texte sacré, effacés.

Le coq comme horloge liturgique

Les pratiques rituelles, toutes attestées par al-Bakri : dix prières quotidiennes, cinq de jour, cinq de nuit. Pas d’horaires fixes, pas d’adhan. Les heures déterminées par le chant du coq.

Jeûne en rajab au lieu du ramadan. Interdiction des œufs (haram). Réprobation du poulet (makruha) — puisque le coq servait d’horloge liturgique. Le coq prie pour toi. Tu ne le manges pas. Et tu ne manges pas ses œufs non plus.

La salive du prophète distribuée aux fidèles comme baraka. Sacrifice le 11 muharram. Peine de mort pour le vol. Nombre d’épouses et de divorces illimité. Interdiction de manger la tête de tout animal.

Des survivances dans le Haut Atlas ?

Certains chercheurs ont voulu voir des traces barghawata dans les pratiques actuelles. Chez les Aït Hadiddou, la prière de l’aube serait appelée tazallit n ufullus (“prière du coq”). Suggestif, mais fragile : le coq est associé à la prière dans l’ensemble du monde musulman. Le hadith dit : “Ne maudissez pas le coq, car il appelle à la prière.”

T. Lewicki (“Les Barghawata et l’Islam berbère”, Revue des Études Islamiques, 34, 1967, p. 12-45) a analysé les tabous alimentaires — œufs, poulet — présents chez les Barghawata, les Touaregs et les Chanoua algériens. Sa conclusion : ce seraient des coutumes pan-berbères préislamiques partagées, pas des survivances spécifiquement barghawata.

Aucune étude ethnographique systématique, aucune fouille archéologique sur les sites barghawata. L’absence de preuves n’est pas une preuve d’absence — mais elle interdit les conclusions.

La mort d’Ibn Yasin et la chute des Barghawata

Ibn Yasin, fondateur spirituel des Almoravides, mourut au combat contre les Barghawata le 7 juillet 1059 à Krifla (région de Rommani). Michael Brett et Elizabeth Fentress (The Berbers, Blackwell, 1996) le soulignent : c’était la première fois qu’une armée musulmane tentait la conquête — par opposition à la pénétration commerciale — de la terre à l’intérieur de l’arc du Haut et du Moyen Atlas. Et elle échoua.

Abu Bakr ibn Umar acheva la conquête vers 1060. Mais les derniers Barghawata ne furent éliminés que par les Almohades vers 1148-1149. Quatre siècles, du soulèvement initial à l’élimination finale.

John Iskander (“Devout Heretics: The Barghawata in Maghribi Historiography”, Journal of North African Studies, 12:1, 2007, p. 37-53) montre le passage des sources arabes d’une relative neutralité (Ibn Hawqal, Xe s.) à une hostilité caricaturale. Mohamed Talbi (“Hérésie, acculturation et nationalisme des Berbères Bargawata”, Premier congrès des cultures méditerranéennes d’influence arabo-berbère, Alger, 1973, p. 217-233) a le premier analysé le mouvement comme affirmation nationaliste et culturelle.

Le vrai du faux

Le mythe : “Les Barghawata étaient des païens/hérétiques ignorants qui ont été vaincus par le vrai islam.”

La réalité : Les Barghawata ont maintenu un État structuré pendant plus de trois siècles, avec un corpus religieux écrit (80 sourates), des rites codifiés et une administration fonctionnelle. Ils ont tué le fondateur des Almoravides au combat. Et la lacune fondamentale : aucun texte barghawata n’a survécu. Tout ce qu’on sait vient de chroniqueurs hostiles (al-Bakri via Iskander, 2007 ; Talbi, 1973). On juge un peuple sur la base exclusive des récits de ceux qui l’ont anéanti.


Yennayer : fête ancienne, millésime moderne

Tertullien (De Idolatria, ch. 14, c. 198-212) condamne les festivités des calendes de janvier en Afrique du Nord. Augustin d’Hippone (Sermon 198, janvier 404, Carthage — parmi les sermons de Dolbeau découverts en 1990) prêche contre les mêmes célébrations. La fête est attestée depuis le IIIe siècle. Peut-être plus vieille encore, mais c’est la première trace écrite.

Le mot “Yennayer” descend du latin Ianuarius, comme les onze autres mois du calendrier berbère agricole : Furar (Februarius), Megres (Martius), et ainsi de suite. Ce calendrier julien, introduit en Afrique du Nord à l’époque de Juba II (Ier s. av. J.-C.), explique le décalage de 13 jours avec le grégorien : le 14 janvier grégorien = le 1er janvier julien.

Ce qu’on mange, ce qu’on fait

Jean Servier (Les Portes de l’Année, Robert Laffont, 1962) et Edmond Doutté (Magie et Religion dans l’Afrique du Nord, 1909) documentent les traditions culinaires. Couscous aux sept légumes — frais dans le Souss et le Haut Atlas, secs en Kabylie. Jeton ou fève caché dans le plat : le chanceux est promis à la richesse (Centre de Recherche Berbère, INALCO). Mascarades d’enfants, sacrifices propitiatoires.

Des rites de renouveau agricole, ancrés dans le cycle des saisons. Pas une célébration ethnique inventée pour Instagram. Une fête paysanne, enracinée, transmise de mère en fille depuis dix-huit siècles au minimum.

Le millésime a été inventé à Paris

Jean-Pierre Laporte (Encyclopédie berbère, vol. 42, 2019, notice S47) établit sans ambiguïté : “L’indication du millésime berbère est une création très récente, initiée à Paris dans le milieu de l’Académie berbère.”

Le concepteur : Mohand Arab Bessaoud (1924-2002), cofondateur de l’Académie berbère à Paris (1966). Il s’inspira d’une tradition aurésienne où Yennayer est aussi appelé Ass n Feraoun (“Jour du Pharaon”). Il fixa l’an 1 à l’avènement de Sheshonq Ier (~945-924 av. J.-C., datation Kenneth Kitchen), pharaon d’origine libyenne (Meshwesh) fondateur de la XXIIe dynastie égyptienne. Date ronde choisie : 950 av. J.-C.

Le premier calendrier imprimé fut réalisé en 1980 par Ammar Negadi (1943-2008), militant chaoui de l’Aurès, via le bulletin Azaghen de l’Union du Peuple Amazigh. Un document manuscrit et dactylographié de 30 x 42 cm, en encre bleu indigo, représentant un Touareg dégainant son glaive.

Aucune communauté berbère traditionnelle n’avait jamais compté les années à partir de Sheshonq avant le XXe siècle (Laporte). Le “2975” qu’on fête à Yennayer ? Il a été inventé à Paris. Par des exilés.

Ça choque ? Ça ne devrait pas. Negadi, dans son exil parisien, encre bleue sur papier, a inventé un décompte pour donner de la profondeur historique à un peuple qu’on voulait sans histoire. Toutes les ères calendaires sont des constructions : l’ère chrétienne, l’hégire, l’ère républicaine. La construction n’est pas une faiblesse. C’est un acte de résistance.

Reconnaissance officielle

Le 3 mai 2023, Mohammed VI décida par communiqué du Cabinet royal d’instaurer le Jour de l’an amazigh comme jour férié national officiel payé. Le premier Yennayer férié fut célébré le 14 janvier 2024 (an 2974).

L’Algérie avait précédé : Bouteflika annonça le 27 décembre 2017 la reconnaissance de Yennayer, effectif le 12 janvier 2018. La Libye suivit en janvier 2018 — décision locale du Conseil suprême amazigh dans la zone autonome des monts Nefoussa, pas une décision nationale.


Les Gnaoua : traite, transe et héritage effacé

L’identité amazighe, c’est aussi ce qui la traverse. Et les Gnaoua incarnent la porosité marocaine mieux que quiconque.

Héritage afro-marocain issu de la traite transsaharienne, intensifiée après la conquête saadienne de l’Empire songhai en 1591 (bataille de Tondibi). Des Haoussa, Peuls, Bambara, Soninke réduits en esclavage, amenés au Maroc. Leurs traditions spirituelles ont fusionné avec le soufisme local et les croyances autochtones pour créer quelque chose d’unique.

Esclaves et enfants de Bilal

Les Gnaoua se revendiquent “esclaves et enfants de Sidna Bilal” — Bilal ibn Rabah, premier muezzin de l’islam. Comme le notait Viviana Pâques (L’Arbre cosmique, Institut d’Ethnologie, 1964), tout Gnaoui s’identifie comme “esclave” et “noir” parce qu’enfant de Bilal, “quels que soient ses origines ethniques ou sociales.” Y compris les adeptes arabes, berbères et juifs. Filiation spirituelle, pas biologique.

L’étymologie de “Gnaoua” reste débattue. Cinq théories concurrentes : le berbère agnaw/ignawen (“noir” ou “muet”) est la plus citée. “Guinée”, “Ghana”, “Djenné” sont aussi proposés. Viviana Pâques avançait igri ignawen (“champ du ciel nuageux”). Cynthia Becker (Blackness in Morocco: Gnawa Identity through Music and Visual Culture, University of Minnesota Press, 2020) suggère une origine kanouri.

La lila : sept familles d’esprits

Le rituel central des Gnaoua : la lila (nuit) ou derdeba. Cérémonie nocturne invoquant sept familles d’esprits (mluk), chacune associée à une couleur, un encens, un répertoire musical. Le maalem (maître musicien, joueur de guembri) et la moqadma (guide rituelle) conduisent le treq (“chemin”), séquence strictement codifiée des sept suites menant à la jedba (transe).

Ce n’est pas du folklore. C’est une pratique thérapeutique et spirituelle vivante, avec ses règles, sa hiérarchie, ses interdits.

Du guembri au banjo

Le guembri (sintir, hajhuj) — luth à trois cordes recouvert de peau de chameau — appartient à la famille des luths à membrane d’Afrique de l’Ouest. Ngoni (Mali), xalam (Sénégal), hoddu (peul), akonting (jola). Ces instruments sont considérés comme ancêtres du banjo américain, recréé par les esclaves dès le XVIIe siècle dans les Caraïbes.

Le banjo du country américain ? C’est le petit-fils du guembri gnaoua. La technique de jeu — le “brushless drop-thumb frailing” — est documentée dans les manuels de banjo du XIXe siècle.

Nuance indispensable (Tim Fuson, thèse, UC Berkeley, 2009) : “aucune tradition parente unique au sud du Maroc qui reproduise exactement le son ou l’usage du guembri.” La filiation est collective, pas individuelle.

Randy Weston : quand le jazz rencontre la lila

Randy Weston (1926-2018), pianiste de jazz américain, s’installa au Maroc en 1967. Il ouvrit l’African Rhythms Club à Tanger vers 1969. Sa première lila gnaoua le transforma : “Imaginez entendre l’église noire, le jazz et le blues en même temps.”

Son album Blue Moses (CTI Records, enregistré mars-avril 1972) tire son nom de Sidi Moussa — l’esprit associé à la couleur bleue dans la hiérarchie gnaoua. “Moussa, c’était Moïse pour les Gnaoua ; la couleur représentant Moïse est la couleur de la mer, le bleu du ciel.” En 2011, Mohammed VI l’honora pour son engagement envers la tradition gnaoua.

L’UNESCO inscrivit les “pratiques et savoir-faire liés à la culture Gnaoua” au patrimoine culturel immatériel le 12 décembre 2019 (14e session, Bogota, élément n 01170).

Les Arma : le miroir inverse

Environ 20 000 personnes d’ascendance marocaine à Tombouctou (données 1986), descendants des mousquetaires saadiens de 1591. Les Arma sont le miroir des Gnaoua : des Marocains partis au sud devenus ouest-africains, tandis que les Gnaoua sont des Ouest-Africains amenés au nord devenus marocains. Mêmes routes transsahariennes, sens inverse, même effacement mémoriel.

Tu connais les Gnaoua. Tu connais les Arma de Tombouctou ? Probablement pas. Personne n’en parle.

L’avertissement d’Hisham Aidi

Hisham Aidi (Columbia University SIPA ; Rebel Music: Race, Empire, and the New Muslim Youth Culture, Pantheon, 2014, American Book Award 2015 ; “Gnawa Mirror”, International Journal of Middle East Studies, vol. 55, 2023, p. 556-577) pose cinq questions dérangeantes.

Première : la musique gnaoua a été “jouée et survalorisée d’abord par les Français, puis par les universitaires et artistes américains.” Deuxième : les pratiquants dévoués sont “horrifiés de voir leur musique jouée hors contexte rituel, commercialisée comme trance dub et jedba beat.” Troisième : l‘“impérialisme des catégories” consiste à plaquer les grilles raciales américaines sur les Gnaoua dans un contexte marocain de métissage — “seuls quelques maalems sont noirs” aujourd’hui.

Quatrième : les “rétentions” ouest-africaines pourraient être des “traditions inventées” répondant aux attentes du marché touristique. Cinquième : le discours sur les Gnaoua est “encore produit à l’extérieur du Maroc, particulièrement en Amérique.”

Des questions qui dérangent. Mais des questions nécessaires.


Des Numidiens à Rome : l’anachronisme qu’il faut assumer

“Tu savais que trois papes étaient amazighs ?” Si tu as déjà entendu ça dans un groupe WhatsApp familial, lis ce qui suit.

Ramzi Rouighi (Inventing the Berbers: History and Ideology in the Maghrib, University of Pennsylvania Press, 2019) a démontré qu’avant la conquête arabe du VIIe siècle, il n’existait pas de catégorie unifiée “berbère.” Les Numides, Gétules, Maures, Libyens ne partageaient pas une identité commune. “Berbère” dérive de l’arabe médiéval barbar, apparenté au latin barbarus. Parler de “Berbères à Rome” est un anachronisme — utile pour la narration, mais à assumer comme tel.

Apulee : le seul qui l’a écrit

Apulée (c. 124-après 170), né à Madauros (M’Daourouch, Algérie). Dans son Apologia (chapitre 24), il se décrit comme “seminumidam et semigaetulum” — “à moitié numide, à moitié gétule.” L’auto-identification la plus explicite d’origine indigène dans toute la littérature latine.

Fils d’un duumvir, culturellement hellénisé et romanisé. Comme le note Carlos Noreña (UC Berkeley), si on lui avait demandé de se définir, il aurait répondu : “Je suis un disciple de Platon.”

Sur des milliers d’auteurs latins d’Afrique du Nord, un seul a écrit noir sur blanc son origine locale. Deux millénaires de littérature, un seul aveu.

Juba II : le roi érudit

Juba II (c. 48 av. J.-C. - 23 apr. J.-C.) présente le pedigree le plus incontestable. Fils de Juba Ier, dernier roi de Numidie, descendant direct de Massinissa. Élevé à Rome après la défaite de son père. Époux de Cléopâtre Séléné II, fille de Cléopâtre VII et Marc Antoine. Installé par Auguste comme roi-client de Maurétanie (capitale : Caesarea/Cherchell).

Plutarque le qualifie, dans la Vie de Sertorius (9.5), de “le plus érudit des rois.” Auteur prolifique en grec, source principale de Pline l’Ancien pour l’Afrique (Duane W. Roller, The World of Juba II and Kleopatra Selene, Routledge, 2003-2004).

Du sang numide, une éducation romaine, une femme égyptienne, une bibliothèque grecque. Juba II est le Maroc-carrefour incarné à l’époque antique.

Augustin : l’indice du prénom maternel

Saint Augustin (354-430), né à Thagaste (Souk Ahras, Algérie). Ascendance indigène probable mais inférée. L’argument central : le nom de sa mère Monica/Monnica. La forme à double N apparaît dans des inscriptions libyques (MNN), selon W.H.C. Frend (“A Note on the Berber Background in the Life of Augustine”, Journal of Theological Studies, vol. 43, 1942, p. 188-191). René Pottier consacra Saint Augustin le Berbère (1945) à cette thèse.

Augustin ne s’est jamais qualifié de “berbère” ou “numide.” Il se disait Afer. Sa langue maternelle était le latin. Il avait une connaissance conversationnelle du punique mais ne parlait pas le libyco-berbère.

Les trois papes : géographie, pas ethnicité

Le Liber Pontificalis (VIe siècle, fiabilité très basse pour la période pré-constantinienne — programme Cult of Saints, Oxford) qualifie Victor Ier (189-199), Miltiade (311-314) et Gélase Ier (492-496) de natione Afer. “De nation africaine.”

Désignation géographique, pas ethnique. La province romaine d’Africa comprenait des indigènes, des descendants puniques et des colons romains. Aucune source ancienne ne les qualifie de “berbères.” Gélase se déclarait lui-même Romanus natus (Lettre XII à l’empereur Anastase).

Qualifier ces papes d’amazighs est une inférence moderne sans fondement textuel. Ça ne veut pas dire qu’ils ne l’étaient pas. Ça veut dire qu’on n’en sait rien. Et que l’honnêteté intellectuelle, c’est aussi admettre les limites de ce qu’on peut affirmer.

Quant à Septime Sévère, souvent revendiqué dans les groupes WhatsApp, ses origines étaient plutôt puniques côté paternel et italiennes côté maternel. Le qualifier de “berbère” est inexact.

Fronton : le nomade qui enseignait à l’empereur

Un cas souvent ignoré, et pourtant l’un des plus révélateurs. Marcus Cornelius Fronton (c. 100-166), né à Cirta (Constantine), devint le rhéteur le plus célèbre de Rome et le tuteur de Marc Aurèle.

Jo-Marie Claassen (“Cornelius Fronto: A ‘Libyan Nomad’ at Rome”, Acta Classica, vol. 52, 2009, p. 47-71) analyse son auto-description. Fronton se décrivait comme un “Libyen nomade” — un des rares cas d’auto-identification explicitement indigène dans toute l’élite romaine.

Le tuteur d’un empereur romain se revendiquait nomade nord-africain. L’information mérite de circuler.


Et aujourd’hui ?

Tamazight dyalna (notre tamazight). C’est ce qui se joue en ce moment même, dans les couloirs de l’administration marocaine, dans les écoles du royaume, et dans les groupes WhatsApp de la diaspora.

Amina, 30 ans, née à Lyon de parents rifains, découvre le tifinagh à 25 ans. Pas à l’école marocaine. Pas dans la maison familiale où le rifain se parlait mais ne s’écrivait pas. Sur Instagram, dans un compte de calligraphie tifinagh suivi par des centaines de milliers de personnes. Elle commence à écrire son prénom en néo-tifinagh. Son père ne reconnaît pas les caractères — ceux de sa grand-mère dans le Rif n’avaient pas de voyelles. Le néo-tifinagh de l’IRCAM et le tifinagh touareg sont deux écritures différentes liées par une filiation ancienne.

Ismaël, 25 ans, Marseille, mère française, père marocain chaoui. “Amazigh” est un mot qu’il a appris à 20 ans. Pas au bled. Pas à l’école. Sur YouTube. Quand il découvre les Barghawata — un État berbère avec son propre Coran, sur la côte atlantique, pendant trois siècles —, il se demande pourquoi personne ne lui en a jamais parlé. Ni à l’école, ni au bled, ni dans les discussions familiales du ramadan. Pourquoi ce silence ?

L’identité amazighe en 2026, c’est exactement le paradoxe décrit dans cet article. Des racines profondes et des constructions récentes. Le tifinagh des femmes touarègues et les 33 caractères Unicode de l’IRCAM. La fête de Yennayer attestée depuis Tertullien et le millésime de Sheshonq inventé dans un garage parisien. La Constitution de 2011 et la loi organique de 2019. Le tifinagh sur les panneaux routiers marocains et les enseignants de Goulmima en prison en 1994.

Pour la diaspora, cette identité se vit dans un triple décalage. Le pays d’accueil te voit “arabe.” Le Maroc officiel te dit “marocain d’abord.” Et les mouvements amazighs te demandent de choisir. Comme si l’identité était un formulaire à case unique.

Entre Moriginals : ce paradoxe n’est pas une faiblesse. Toutes les identités sont construites. La différence, c’est qu’on peut choisir de construire la sienne sur des faits — avec leurs zones d’ombre, leurs débats non tranchés, leurs silences — plutôt que sur des mythes WhatsApp. Dihya n’a pas besoin d’être juive ou chrétienne pour être admirable. Les Barghawata n’ont pas besoin d’être réhabilités pour être fascinants. Kenza n’a pas besoin d’un surnom attesté pour avoir changé l’histoire.

L’identité amazighe ne se décrète pas depuis un passé fantasmé. Elle se construit, se défend et se négocie — des sept profs de Goulmima aux 33 caractères Unicode, de Negadi et son encre bleue à la loi organique de 2019, des femmes touarègues dans le sable à la proposition Unicode du Canada, du Maroc et de la France.

Être Moriginal, c’est porter cette complexité avec fierté. Pas la simplifier pour qu’elle tienne dans un post Instagram.


Pour aller plus loin


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Tu sais pourquoi le tifinagh existe encore ? Parce qu’on a interdit l’école aux femmes touaregues. Et en 1994, écrire en tifinagh t’envoyait en prison au Maroc. 9 ans plus tard, c’était dans la Constitution. Lis l’article : https://moriginals.org/culture/amazighs-identite-histoire-tifinagh/


Publié le 19 mars 2026 — Mis à jour le 19 mars 2026


À propos de l’auteur

Yazid El-Wali — Fondateur de Moriginals. Né en France de parents marocains, naturalisé, il aspire au retour. Entrepreneur avec un parcours en finance, proche des entrepreneurs MRE et de leurs problématiques fiscales, juridiques et patrimoniales.

À propos de Moriginals

Questions fréquentes

Le tifinagh est le plus vieil alphabet du monde ?

Non. Le phénicien (~XIe s. av. J.-C.) est plus ancien de plusieurs siècles. Le libyque, ancêtre du tifinagh, remonte au VIe-IVe siècle av. J.-C. (Casajus, 2013). Ce qui est remarquable : c'est le seul alphabet africain non dérivé du latin ou de l'arabe à être passé d'une écriture ancienne à un standard Unicode moderne (2005).

Dihya était juive, chrétienne ou païenne ?

Ibn Khaldoun (XIVe s.) dit que sa tribu était judaïsée. Al-Maliki (XIe s.) mentionne une idole. Talbi et Camps y voient une icône chrétienne. Hirschberg (1963) note que les Juifs algériens la dépeignent en ogresse. Le consensus actuel penche vers le christianisme (Modéran, 2005), mais aucune certitude n'est possible.

C'est quoi les Barghawata exactement ?

Un État berbère indépendant (744-1148) sur la côte atlantique marocaine, entre Safi et Salé. Ils avaient leur propre prophète (Salih ibn Tarif), leur propre Coran en tamazight (80 sourates), leurs propres rites. Ibn Yasin, fondateur des Almoravides, est mort en les combattant (1059). Pas une ligne de leurs textes n'a survécu (Iskander, 2007).

On fête vraiment l'an 2975 depuis 3 000 ans ?

Non. La fête de Yennayer est ancienne (attestée depuis Tertullien, IIIe s.), mais le décompte à partir de Sheshonq Ier (950 av. J.-C.) est une création de l'Académie berbère de Paris dans les années 1960, imprimée pour la première fois en 1980 par Ammar Negadi (Laporte, Encyclopédie berbère, 2019).

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Yazid El-Wali

Fondateur de Moriginals. Formation en gestion des instruments financiers, programme Goldman Sachs "10,000 Small Businesses" (ESSEC). Ancien banquier et expert-comptable, fondateur de plusieurs CFA en France.