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Plus-value immobilière MRE : éviter la double imposition

Tu vends ton bien au Maroc ? TPI 20 %, PS français 17,2 %, cotisation minimale 3 %. Calcul complet, cas chiffrés et pièges à éviter pour les MRE.

Par Yazid El-Wali 15 mars 2026 20 min de lecture
Nadia, 42 ans — Plus-value immobilière MRE éviter la double imposition
Nadia, 42 ans — Plus-value immobilière MRE éviter la double imposition

Plus-value immobilière MRE : éviter la double imposition

Tu vends ton appartement au Maroc et tu veux savoir combien tu gardes. La réponse : moins que tu ne crois. La plus-value immobilière d’un MRE (Marocain Résidant à l’Étranger) est frappée deux fois — par le Maroc via la TPI (Taxe sur les Profits Immobiliers) et par la France via les prélèvements sociaux. La convention fiscale France-Maroc de 1970 neutralise l’IR (Impôt sur le Revenu) français, mais les PS (Prélèvements Sociaux) de 17,2 % passent à travers le filet. Sur une plus-value de 64 000 EUR, tu peux laisser plus de 16 000 EUR sur la table. Cet article te donne le calcul exact, les pièges réels et les deux leviers qui peuvent tout changer.

Comment se calcule la TPI au Maroc quand tu vends ?

La TPI est un impôt de 20 % sur le profit net de ta vente (art. 73-II-F-6° CGI-MA). Depuis la LF 2023 (loi n° 50-22), ce taux est unifié : l’ancien taux de 30 % pour les terrains nus urbains a été supprimé. La formule de calcul est posée par l’article 65 du CGI-MA :

Profit net = Prix de cession - Frais de cession - [(Prix d’acquisition + Frais 15 % + Travaux facturés + Intérêts bancaires) x Coefficient de réévaluation]

Chaque composante de cette formule mérite qu’on s’y arrête.

Les éléments déductibles : ce que tu peux soustraire

Frais d’acquisition forfaitaires (15 %) : c’est la déduction la plus simple. Tu déduis 15 % de ton prix d’achat, sans avoir besoin de justificatifs (art. 65-II CGI-MA). Ce forfait couvre les frais de notaire, les droits d’enregistrement, la conservation foncière. Tu peux opter pour les frais réels si tu as les justificatifs et qu’ils dépassent 15 % — mais c’est rare.

Travaux d’investissement : rénovation, agrandissement, amélioration — déductibles uniquement sur présentation de factures (art. 65-II CGI-MA). C’est le piège classique du MRE. Tu fais refaire la cuisine et la salle de bain pendant les vacances, tu paies le plombier et le carreleur en cash sans facture. Le jour de la vente, ces travaux n’existent pas pour le fisc. Sur 100 000 MAD de travaux non facturés, tu perds environ 20 000 MAD (1 818 EUR) de réduction d’impôt. Multiplie ça par 15 ans de petits travaux et la facture monte vite.

Intérêts bancaires : les intérêts de ton crédit immobilier sont déductibles, y compris la marge locative d’un contrat Mourabaha ou Ijara Mountahia Bitamlik (art. 65-II CGI-MA). Garde précieusement tes tableaux d’amortissement.

Coefficient de réévaluation : fixé chaque année par arrêté ministériel sur la base de l’indice national du coût de la vie (le dernier en vigueur : arrêté n° 377-25 du 13/02/2025, BO n° 7369). Ce coefficient ajuste ton prix d’achat à l’inflation. Il s’applique à l’ensemble : prix + frais forfaitaires + travaux + intérêts. Plus ton achat est ancien, plus le coefficient est élevé.

Période d’acquisitionCoefficient approximatif
1990-1996~2,0
2001-2007~1,4 à 1,6
2008-2013~1,2
2014-2019~1,1
2020-2024~1,03 à 1,05

Source : ordres de grandeur issus de l’arrêté n° 377-25 du 13/02/2025, BO n° 7369. Les coefficients exacts sont consultables sur tax.gov.ma.

Le coefficient est le seul mécanisme de correction temporelle au Maroc. Il compense l’inflation mais ne réduit pas le taux d’imposition. Sur un bien acheté en 2005 pour 500 000 MAD, le coefficient de ~1,40 ramène le prix réévalué à ~700 000 MAD. C’est loin d’être négligeable — mais c’est incomparable avec le système français d’abattements.

Le plancher de 3 % : l’impôt que tu paies même en perdant de l’argent

La cotisation minimale de 3 % du prix de vente (art. 144-II CGI-MA) est le mécanisme le plus contre-intuitif de la fiscalité immobilière marocaine. Quelle que soit ta plus-value — positive, nulle ou négative — tu paies au minimum 3 % du prix de cession. La règle : on calcule la TPI théorique (20 % x profit net) et la cotisation minimale (3 % x prix de vente), et on retient le montant le plus élevé.

Ce qu’on te dit pas : un MRE qui a acheté un bien 1 500 000 MAD en 2010 et le revend 1 300 000 MAD en 2025 a perdu 200 000 MAD. Son profit net après réévaluation est négatif. Mais il paie quand même 3 % x 1 300 000 = 39 000 MAD (3 545 EUR) d’impôt. Aucun équivalent en France, où une vente à perte ne génère aucun impôt sur la plus-value.

Ce piège frappe surtout les MRE qui ont acheté au sommet du marché (2007-2012) dans des villes où les prix ont stagné ou baissé depuis.

L’absence d’abattement pour durée de détention : le mythe le plus dangereux

C’est l’erreur la plus répandue chez les MRE. Certains sites non officiels propagent même un « abattement de 3 % par an au-delà de 5 ans, plafonné à 20 % ». C’est faux. Cette confusion vient du taux forfaitaire de 3 %/an applicable aux acquisitions antérieures à 1946 — rien à voir avec un abattement moderne.

La réalité : le CGI-MA ne prévoit aucun abattement progressif pour durée de détention (art. 65 CGI-MA). En France, tu bénéficies de 6 % d’abattement IR par an à partir de la 6e année, avec une exonération totale d’IR à 22 ans et de PS à 30 ans (art. 150 VC et 150 VE CGI). Au Maroc, rien de tel. Un bien détenu 25 ans reste imposé à 20 % sur le profit net. Un bien détenu 30 ans aussi.

Le MRE qui planifie sa vente en comptant sur un abattement qui n’existe pas risque un choc fiscal de 50 000 à 200 000 MAD le jour de la signature.

Comparatif taux nominal : Maroc vs France

ComposanteMarocFrance (résident)
Taux sur la plus-value20 % (libératoire)19 % (IR)
Prélèvements sociaux0 %17,2 %
Taux combiné nominal20 %36,2 %
Plancher (cotisation minimale)3 % du prix de cessionNéant
Abattement durée de détentionAucunOui (exo IR à 22 ans, PS à 30 ans)

Source : art. 73-II-F-6° et 144-II CGI-MA ; art. 150 U et suivants CGI

Le taux nominal marocain (20 %) est plus bas que le taux combiné français (36,2 %). Mais le système français d’abattements renverse l’avantage à partir de ~14 ans de détention. Au-delà de 22 ans, le taux effectif français tombe sous les 7 % (PS seuls sur base réduite) alors que le Maroc reste à 20 %.

La convention élimine la double imposition — le MRE résident fiscal français paie la TPI au Maroc et les PS en France, pas les deux systèmes complets. Mais la charge cumulée reste significative.

Que se passe-t-il côté France quand tu vends ton bien marocain ?

Tu vis en France et tu vends un bien au Maroc. La convention fiscale franco-marocaine de 1970 attribue le droit d’imposer les revenus immobiliers exclusivement au Maroc (art. 9 Conv. FR-MA 1970). Le BOFiP (BOI-INT-CVB-MAR, §60) confirme que cet article couvre aussi les plus-values immobilières. La France applique la méthode d’exemption avec taux effectif (art. 25§1 Conv. FR-MA 1970) : elle n’impose pas ta plus-value marocaine mais la prend en compte pour calculer le taux applicable à tes revenus français.

Concrètement : tu déclares ta plus-value en France (formulaires 2042 cadre 8 + 2047), l’administration calcule l’IR théorique, puis t’accorde un crédit d’impôt qui neutralise cet IR. Résultat : zéro IR français sur ta plus-value marocaine.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Les prélèvements sociaux : le poste le plus lourd et le plus invisible

La convention ne couvre que les “impôts sur le revenu” (art. 8 Conv. FR-MA 1970). Les prélèvements sociaux français ne sont pas des impôts sur le revenu au sens conventionnel. Ils sont qualifiés d‘“impositions de toute nature” en droit interne.

Résultat : les PS de 17,2 % s’appliquent intégralement sur ta plus-value recalculée selon les règles françaises, sans être neutralisés par la convention.

Composante PSTaux
CSG (Contribution Sociale Généralisée)9,2 %
CRDS (Contribution au Remboursement de la Dette Sociale)0,5 %
Prélèvement de solidarité7,5 %
Total17,2 %

Et si tu es affilié à la CNSS ? Tu paies le taux plein. L’exonération partielle (taux réduit à 7,5 %, soit le seul prélèvement de solidarité, art. 235 ter CGI) ne concerne que les affiliés d’un régime UE/EEE/Suisse (LFSS 2019, loi n° 2018-1203, art. 26). Le Maroc est un État tiers. La convention bilatérale de sécurité sociale franco-marocaine du 22/10/2007 couvre uniquement les “travailleurs exerçant leur activité” — pas les revenus du patrimoine. Le Conseil d’État l’a confirmé (CE 31/03/2021, n° 436412, affaire analogue convention FR-US).

Un MRE affilié à un régime EEE (par exemple un MRE installé en Belgique affilié au régime belge) ne paierait que 7,5 % au lieu de 17,2 %. L’économie sur une PV de 64 000 EUR : 6 213 EUR. La résidence dans un pays UE fait une différence massive.

L’excédent de TPI : de l’argent définitivement perdu

Le crédit d’impôt convention est plafonné à l’IR français théorique. Quand la TPI marocaine dépasse cet IR (ce qui arrive de plus en plus souvent à mesure que les abattements français réduisent l’IR), l’excédent disparaît. Il n’est ni remboursable, ni reportable, ni imputable sur les PS ou d’autres revenus.

Plus la détention est longue, plus le paradoxe s’accentue. Après 22 ans, l’IR français est à zéro (abattement total). L’intégralité de la TPI devient un excédent non imputable. Tu as payé 10 000 EUR de TPI au Maroc, la France ne te “rend” rien en crédit d’impôt, et tu paies en plus les PS.

Illustration chiffrée : sur une PV de 500 000 MAD (45 455 EUR) après 22 ans de détention :

  • TPI Maroc : 20 % x 500 000 = 100 000 MAD (9 091 EUR) — intégralement payée
  • IR français théorique : 0 EUR (abattement 100 %) — crédit d’impôt = 0
  • PS français : 17,2 % x base après abattement PS de 28,05 % = encore conséquent
  • Excédent TPI perdu : 9 091 EUR

Le “no man’s land” fiscal : entre 22 et 30 ans de détention

Les abattements français pour durée de détention créent un décalage de 8 ans entre l’exonération d’IR (22 ans) et l’exonération de PS (30 ans). Pendant cette fenêtre, le MRE ne paie plus d’IR mais subit encore des PS significatifs.

Durée de détentionAbattement IRAbattement PSTaux effectif PS résiduel
10 ans30 %8,25 %15,8 %
15 ans60 %16,50 %14,4 %
22 ans100 % (exo)28,05 %12,4 %
25 ans100 %55,05 %7,7 %
30 ans100 %100 %0 %

Source : art. 150 VC et 150 VE CGI

Sur une PV nette de 50 000 EUR, un MRE qui vend à 22 ans de détention paie : 0 EUR d’IR mais 17,2 % x 50 000 x (1 - 28,05 %) = 6 192 EUR de PS. S’il attendait 30 ans : 0 EUR de PS. La patience coûte 8 ans mais économise 6 192 EUR. Évidemment, le bien peut perdre de la valeur pendant ces 8 ans — c’est un calcul d’arbitrage.

Quelles exonérations de TPI existent pour les MRE ?

Résidence principale : le seul vrai levier (jusqu’à 0 %)

L’exonération résidence principale est le mécanisme le plus puissant du système fiscal immobilier marocain. Elle peut ramener la TPI de 126 000 MAD à zéro — une économie de 11 455 EUR sur un seul bien.

Le CGI-MA reconnaît expressément le statut des MRE. L’article 63-II-B dispose : “Est considérée comme habitation principale le logement que les Marocains résidents à l’étranger conservent au titre de leur habitation au Maroc ou celui occupé à titre gratuit par leur conjoint, leurs ascendants ou descendants en ligne directe au premier degré.”

Les 5 conditions cumulatives :

  1. Occupation 5 ans minimum au jour de la cession (réduit de 6 à 5 ans par la LF 2023). L’occupation par tes parents (ascendants 1er degré) à titre gratuit compte.

  2. Zéro location — même temporaire, même 3 mois pendant l’été. Une location détruit l’exonération intégralement. C’est binaire : soit tu l’as, soit tu ne l’as pas. Pas de prorata. Un MRE qui loue son appartement 6 mois sur 7 ans perd l’exonération et paie potentiellement 45 000 MAD de TPI au lieu de zéro.

  3. Prix de cession inférieur ou égal à 4 000 000 MAD (~364 000 EUR). Au-delà de ce plafond, la cotisation minimale de 3 % reste due sur la fraction excédentaire (art. 144-II-2° CGI-MA). Une villa vendue 5 000 000 MAD paie 3 % x 1 000 000 = 30 000 MAD (2 727 EUR) malgré l’exonération.

  4. Une seule exonération par période de 5 ans. Si tu as déjà bénéficié de l’exonération résidence principale sur un autre bien dans les 5 dernières années, tu n’y as plus droit.

  5. Tolérance de vacance : 1 an maximum entre le départ du logement et la vente.

En pratique : le scénario le plus sûr pour un MRE est l’occupation gratuite par les parents. L’administration exige des justificatifs : adresse sur la CIN (Carte d’Identité Nationale), relevés eau et électricité au nom de l’occupant, certificat de résidence communal, quittances de taxe d’habitation. Sans ces pièces, le rejet est quasi systématique.

L’enjeu chiffré : sur un appartement vendu 1 500 000 MAD avec un profit net de 630 000 MAD, la TPI théorique est de 126 000 MAD (11 455 EUR). Avec l’exonération résidence principale : 0 MAD. L’écart de 126 000 MAD se joue sur des quittances d’eau et d’électricité.

La donation ne remet pas le compteur à zéro

C’est l’asymétrie la plus méconnue entre le droit français et le droit marocain. En France, donner un bien à tes enfants “purge” la plus-value : le prix d’acquisition retenu par le fisc devient la valeur au jour de la donation (art. 150 VB CGI). Tes enfants repartent de zéro.

Au Maroc, la donation familiale (Hiba) est exonérée de TPI au moment de la transmission (art. 63-III CGI-MA). Mais le prix d’acquisition retenu pour le donataire qui revend ensuite reste celui de la dernière cession à titre onéreux ou la valeur au dernier héritage (art. 65 CGI-MA). Le compteur ne repart pas.

Illustration : un bien acheté 500 000 MAD il y a 20 ans, valeur actuelle 2 000 000 MAD. Tu le donnes à ton fils. Il le revend 5 ans plus tard pour 2 200 000 MAD.

ScénarioBase TPI au MarocTPI à 20 %
Donation (la Hiba ne purge pas)2 200 000 - (500 000 x coeff.) = ~1 400 000 MAD280 000 MAD (25 455 EUR)
Si la donation purgeait (hypothétique)2 200 000 - 2 000 000 = 200 000 MAD40 000 MAD (3 636 EUR)
Différentiel240 000 MAD (21 818 EUR)

Source : art. 65 et 63-III CGI-MA ; art. 150 VB CGI

240 000 MAD de TPI supplémentaire parce que la donation ne purge pas. Le MRE qui planifie la transmission de son patrimoine immobilier marocain par donation sans connaître cette asymétrie crée un passif fiscal invisible pour ses héritiers.

Autres exonérations

  • Petites cessions : les cessions dont la valeur totale annuelle ne dépasse pas 140 000 MAD (~12 727 EUR) sont exonérées (art. 63-II-A CGI-MA).
  • Logement social : prix inférieur ou égal à 250 000 MAD, superficie 50-80 m2, 4 ans d’occupation comme habitation principale (art. 63-II-D CGI-MA).
  • Droits indivis agricoles : entre cohéritiers, hors périmètre urbain (art. 63-II-C CGI-MA).

L’avis préalable : le bouclier fiscal que personne n’utilise

Depuis le 1er juillet 2023, un mécanisme puissant existe pour sécuriser ta vente : l’avis préalable fiscal (art. 234 quinquies CGI-MA). C’est le seul dispositif qui supprime totalement le risque de redressement post-vente. Et quasi personne ne l’utilise — ni les MRE qui ne le connaissent pas, ni beaucoup de notaires qui le trouvent lourd.

Comment ça marche ?

  1. Tu fais ta demande en ligne sur le portail SIMPL (tax.gov.ma) dans les 30 jours du compromis de vente
  2. La DGI (Direction Générale des Impôts) te répond sous 60 jours avec le montant exact de TPI à payer
  3. L’attestation est valable 6 mois
  4. Si tu paies le montant indiqué : dispense totale de contrôle fiscal ultérieur sur cette transaction (art. 224 CGI-MA)

C’est gratuit. C’est en ligne. Et c’est ta seule garantie de quitter le Maroc après la vente sans épée de Damoclès fiscale au-dessus de la tête.

Ce qui se passe sans avis préalable

Sans avis préalable, tu t’exposes à une rectification pendant 4 ans (art. 232 CGI-MA). La DGI dispose d’un référentiel des prix immobiliers par zone (DGI/ANCFCC), consultable sur tax.gov.ma et via l’application mobile dédiée. Si le prix déclaré est inférieur au référentiel, le redressement est quasi automatique (art. 224 CGI-MA). La procédure : notification motivée sous 90 jours, puis échange contradictoire, puis commission locale de taxation (CLT), puis commission nationale (CNRF), puis tribunal administratif. À chaque étape, une majoration de 20 % de l’impôt complémentaire s’applique en cas de confirmation.

Pour un MRE qui est déjà reparti chez lui après la vente, la notification arrive à une adresse qu’il ne consulte plus. La règle des 10 jours (art. 219-I, 2° CGI-MA) fait courir les délais même si tu n’as jamais vu le courrier : un courrier envoyé à ton adresse marocaine est présumé notifié 10 jours après l’échec de remise. Tes 30 jours pour répondre commencent à courir sans que tu le saches.

Le réflexe Moriginal : demande systématiquement l’avis préalable avant de vendre. C’est ta seule protection contre un redressement invisible.

Le versement provisoire de 5 %

En l’absence d’avis préalable, tu dois verser à titre provisoire la différence entre la TPI calculée et 5 % du prix de cession (art. 173-I CGI-MA). Ce versement provisoire est restitué d’office en cas de trop-perçu (art. 241 bis-II-C CGI-MA). Avec l’avis préalable, ce versement complémentaire n’est pas nécessaire.

Ce que tu dois déclarer en France (même si tu ne paies rien)

La convention exonère ta plus-value d’IR en France. Mais la déclaration reste obligatoire. Tu dois remplir :

  • Formulaire 2042 (cadre 8) + 2047 : revenus perçus à l’étranger
  • Formulaire 3916 : déclaration des comptes bancaires détenus au Maroc

L’oublier, c’est jouer gros. L’échange d’informations entre la France et le Maroc fonctionne depuis 2019 (convention multilatérale d’assistance administrative fiscale). La France a adressé environ 248 demandes d’information au Maroc entre 2018 et 2021, soit 61 % du total des demandes reçues par le Maroc. La détection d’un compte non déclaré est un risque réel.

Les pénalités en France : intérêts de retard de 0,20 %/mois, majorations de 10 à 80 %, amende de 1 500 EUR par compte bancaire marocain non déclaré (art. 1736-IV CGI). Le délai de prescription pour non-déclaration peut aller jusqu’à 10 ans (art. L169 al. 4 LPF).

Le quitus fiscal est désormais obligatoire au Maroc pour toute cession depuis le 1er juillet 2024 (art. 139-IV CGI-MA, LF 2024). Notaires, adouls et avocats ne peuvent dresser aucun acte de cession sans attestation de paiement des impôts grevant le bien, sous peine de responsabilité solidaire.

La numérotation piège de la convention

Si ton comptable cherche l’article sur les plus-values dans la convention FR-MA, il va probablement taper “article 13” — parce que dans le modèle OCDE, l’article 13 traite des gains en capital. Sauf que la convention de 1970 ne suit pas la numérotation OCDE. L’article 13 de cette convention traite des dividendes, pas de l’immobilier.

La bonne table de correspondance :

  • Revenus immobiliers (loyers + PV) : article 9 Conv. FR-MA (= article 6 modèle OCDE)
  • Gains en capital : article 24 Conv. FR-MA (= article 13 modèle OCDE)
  • Dividendes : article 13 Conv. FR-MA (= article 10 modèle OCDE)

Le BOFiP rattache les PV immobilières à l’article 9 (BOI-INT-CVB-MAR, §60, version 24/07/2019). En pratique, un comptable qui se trompe d’article peut fausser le calcul du crédit d’impôt.

Les réformes récentes qui changent la donne

La séquence LF 2023-2025 a modifié plusieurs paramètres importants pour le MRE vendeur.

RéformeContenuImpact MRE
LF 2023Taux TPI unifié à 20 % (ex-30 % terrains nus)Économie de 10 pts sur les terrains
LF 2023Durée occupation RP réduite de 6 à 5 ans1 an gagné pour l’exonération
LF 2023Avis préalable fiscal créé (art. 234 quinquies)Sécurisation de la vente
LF 2024Quitus fiscal obligatoire (art. 139-IV)Pas de vente sans soldé fiscal
LF 2024Clarification biens hérités (valeur au décès)Base TPI = valeur au décès, pas prix d’achat originel

Source : loi n° 50-22 (LF 2023), loi n° 55-23 (LF 2024), loi n° 60-24 (LF 2025)

La LF 2024 a particulièrement sécurisé les héritiers MRE. Avant cette clarification, la question de la valeur de référence d’un bien hérité était disputée. Désormais, c’est la valeur vénale au jour du décès telle qu’inscrite sur l’inventaire des héritiers (réponse DGI du 08/01/2024). Si ton père a acheté un terrain 100 000 MAD en 1990 et qu’il vaut 1 000 000 MAD à son décès en 2020, seul le gain entre 1 000 000 MAD et le prix de revente est taxé — pas le gain entre 100 000 MAD et le prix de revente.

Cas pratiques chiffrés

Cas pratique : Nadia — Vente d’un appartement à Tanger avec double imposition

Nadia, 42 ans, cadre à Bruxelles, résidente fiscale en France. Elle vend un appartement à Tanger acheté il y a 12 ans pour 800 000 MAD (72 727 EUR). Prix de vente : 1 500 000 MAD (136 364 EUR). Pas de travaux facturés. Pas de crédit immobilier. Le bien n’est pas sa résidence principale.

Étape 1 — Calcul de la TPI au Maroc :

ÉtapeDétailMontant (MAD)Montant (EUR)
Prix d’acquisitionAchat il y a 12 ans800 00072 727
+ Frais forfaitaires 15 %art. 65-II CGI-MA120 00010 909
= Sous-total avant réévaluation920 00083 636
x Coefficient réévaluation (~1,25)Arrêté n° 377-25x 1,25
= Prix réévalué total1 150 000104 545
Prix de cession1 500 000136 364
Profit net350 00031 818
TPI 20 % x profit netart. 73-II-F-6° CGI-MA70 0006 364
Cotisation minimale 3 % x prixart. 144-II CGI-MA45 0004 091
TPI due (le plus élevé)70 0006 364

Étape 2 — Calcul côté France :

La plus-value est recalculée selon les règles françaises. Nadia détient le bien depuis 12 ans, soit 7 années au-delà de la 5e.

ÉtapeDétailMontant (EUR)
PV brute (règles FR)136 364 - 72 72763 637
Abattement IR (7 x 6 %)42 %-26 727
PV nette IR36 909
IR théorique 19 %7 013
Crédit d’impôt conventionart. 25§1 Conv. FR-MA-7 013
IR français dû0
Abattement PS (7 x 1,65 %)11,55 %-7 350
PV nette PS56 287
PS 17,2 %9 681

Bilan final de Nadia :

PosteMADEUR
TPI Maroc70 0006 364
IR France00
PS France (17,2 %)106 4919 681
Total impôts176 49116 045
Plus-value brute700 00063 637
Plus-value nette après impôts523 50947 592
Taux effectif global25,2 %

Ce qu’il faut retenir : sur 63 637 EUR de plus-value, Nadia conserve 47 592 EUR. Les PS français (9 681 EUR) représentent 60 % de sa charge fiscale totale et dépassent la TPI marocaine (6 364 EUR). Le poste le plus lourd n’est pas l’impôt marocain — c’est le prélèvement social français que personne n’anticipe.

Si Nadia avait été affiliée à un régime UE (et non à la CNSS), ses PS auraient été de 7,5 % au lieu de 17,2 %. L’économie : 5 483 EUR. Le choix du pays de résidence et du régime de sécurité sociale a un impact direct sur le coût fiscal de la vente.

Cas pratique : Sofia — Conjointe suédoise, héritage et retransfert bloqué

Sofia, 38 ans, Suédoise mariée à un MRE, vit à Stockholm. Son mari hérite d’un appartement familial à Rabat estimé à 1 200 000 MAD (109 091 EUR) au décès de sa mère. Le bien avait été acheté par la mère en dirhams il y a 20 ans pour 400 000 MAD. Sofia et son mari décident de vendre 3 ans après l’héritage pour 1 400 000 MAD (127 273 EUR).

Au Maroc — Calcul de la TPI :

ÉtapeDétailMontant (MAD)Montant (EUR)
Prix d’acquisition (valeur au décès)LF 2024, art. 65 CGI-MA1 200 000109 091
+ Frais forfaitaires 15 %art. 65-II CGI-MA180 00016 364
= Sous-total1 380 000125 455
x Coefficient réévaluation (~1,04)3 ans depuis l’héritagex 1,04
= Prix réévalué total1 435 200130 473
Prix de cession1 400 000127 273
Profit netNégatifPerte
Cotisation minimale 3 % x prixart. 144-II CGI-MA42 0003 818

Le profit net est négatif : le prix de vente (1 400 000 MAD) est inférieur au prix réévalué (1 435 200 MAD). Sofia et son mari vendent à perte en termes réels. Mais la cotisation minimale s’applique : 42 000 MAD (3 818 EUR) d’impôt sur une opération déficitaire.

Le piège du retransfert bloqué :

Le bien avait été acheté par la mère en dirhams — pas en devises étrangères via l’Office des Changes. Pas de traçabilité du financement initial en devises. Résultat : pas de garantie de retransfert immédiat (IGOC 2024). Sofia et son mari doivent ouvrir un compte convertible à terme et ne peuvent rapatrier que 25 % par an sur 4 ans.

AnnéeMontant transférableCumul rapatriéBloqué au Maroc
Année 1339 500 MAD (30 864 EUR)339 5001 018 500
Année 2339 500 MAD (30 864 EUR)679 000679 000
Année 3339 500 MAD (30 864 EUR)1 018 500339 500
Année 4339 500 MAD (30 864 EUR)1 358 0000

Base : 1 400 000 - 42 000 TPI = 1 358 000 MAD net, soit 25 %/an

Bilan complet du cas Sofia :

PosteMADEUR
TPI Maroc (cotisation minimale 3 %)42 0003 818
Coût d’opportunité blocage (4 %/an, capital moyen sur 4 ans)~24 700~2 245
Coût total réel~66 700~6 063

Ce qu’il faut retenir : Sofia et son mari paient de l’impôt sur une vente à perte, et ne récupèrent leur argent qu’en 4 ans. Pour une conjointe non marocaine qui découvre le système, c’est un choc. Le coût d’opportunité du capital bloqué (2 245 EUR) s’ajoute silencieusement à la TPI. C’est le coût invisible que personne ne chiffre dans les calculs de rentabilité d’un bien marocain hérité.

Si le bien avait été financé en devises étrangères dès l’achat (virement depuis un compte étranger via l’Office des Changes), le retransfert aurait été immédiat. C’est un argument de plus pour financer tout achat immobilier au Maroc par virement traçable depuis ton pays de résidence — même si tu disposes de liquidités en dirhams sur place.

Conclusion

  • La TPI marocaine (20 %, minimum 3 %) et les PS français (17,2 %) s’additionnent. Le crédit d’impôt convention neutralise l’IR français, mais les PS — qui représentent souvent le poste le plus lourd — passent intégralement.
  • L’avis préalable fiscal (art. 234 quinquies CGI-MA) et l’exonération résidence principale (art. 63-II-B CGI-MA) sont tes deux seuls vrais leviers de protection. Demande l’avis préalable à chaque vente, et prépare tes justificatifs de résidence principale longtemps avant de vendre.

Pour le guide complet : retrouve toutes les règles fiscales du MRE dans notre guide Fiscalité MRE : le guide complet pour investir au Maroc.

Pour aller plus loin


Avertissement juridique

Cet article a été rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue en aucun cas un conseil fiscal, juridique ou financier personnalisé.

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À propos de l’auteur

Yazid El-Wali — Fondateur de Moriginals. Né en France de parents marocains, naturalisé, il aspire au retour. Entrepreneur avec un parcours en finance, proche des entrepreneurs MRE et de leurs problématiques fiscales, juridiques et patrimoniales.

À propos de Moriginals

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Publié le 15 mars 2026 — Mis à jour le 15 mars 2026


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Tu vends ton bien au Maroc ? TPI 20 % + PS français 17,2 % = jusqu’à 31 % de ta plus-value envolés. Partaj m3a khouk/okhtek li 3ayech(a) berra (partage avec ton frère/ta sœur qui vit à l’étranger). Lis l’article complet : https://moriginals.org/articles/plus-value-immobiliere-mre/

Questions fréquentes

Combien tu paies au total quand tu vends ton bien au Maroc ?

Tu paies deux choses : la TPI au Maroc (20 % du profit net, minimum 3 % du prix de vente, art. 73-II-F-6° et 144-II CGI-MA) et les prélèvements sociaux en France (17,2 % de la plus-value recalculée selon les règles françaises). L'IR français de 19 % est neutralisé par le crédit d'impôt convention (art. 25§1 Conv. FR-MA 1970). Sur une plus-value d'environ 64 000 EUR, le taux effectif global tourne autour de 25-31 % selon la durée de détention.

La donation remet-elle le compteur à zéro au Maroc ?

Non. En France, la donation purge la plus-value (art. 150 VB CGI). Au Maroc, le prix retenu après une Hiba (donation familiale) reste celui de la dernière cession à titre onéreux ou la valeur au dernier héritage (art. 65 CGI-MA). Si tu donnes un bien acheté 500 000 MAD il y a 20 ans et qui vaut 2 000 000 MAD, tes enfants qui revendent paieront la TPI sur la base de 500 000 MAD. Différentiel possible : 240 000 MAD (21 818 EUR) de TPI supplémentaire.

Tu es affilié CNSS — ça t'exonère des prélèvements sociaux en France ?

Non. L'exonération de CSG-CRDS ne concerne que les affiliés d'un régime UE/EEE/Suisse (LFSS 2019, loi n° 2018-1203, art. 26). Le Maroc est un État tiers. Tu paies le taux plein de 17,2 %. La convention de sécurité sociale franco-marocaine du 22/10/2007 couvre les "travailleurs exerçant leur activité", pas les revenus du patrimoine. Le Conseil d'État l'a confirmé dans un cas analogue (CE 31/03/2021, n° 436412).

Ton comptable cite l'article 13 de la convention pour ta plus-value — c'est correct ?

Non. L'article 13 de la convention FR-MA 1970 traite des dividendes. Pour les revenus immobiliers (loyers et plus-values) : article 9. Pour les gains en capital : article 24. Le BOFiP rattache les PV immobilières à l'article 9 (BOI-INT-CVB-MAR, §60). Un comptable qui se trompe d'article peut fausser le calcul du crédit d'impôt. Vérifie que ton conseiller travaille bien avec le texte de cette convention spécifique, pas avec le modèle OCDE standard.

Après 20 ans de détention, tu es exonéré de TPI au Maroc ?

Non. L'abattement pour durée de détention existe en France mais pas au Maroc. Le CGI-MA ne prévoit aucun abattement progressif (art. 65 CGI-MA). Le seul correctif temporel est le coefficient de réévaluation qui ajuste ton prix d'achat à l'inflation. Même après 30 ans de détention, si tu as un profit : tu paies 20 % dessus. L'affirmation d'un "abattement de 3 % par an" qui circule sur certains sites est une confusion avec le taux forfaitaire applicable aux acquisitions antérieures à 1946.

Comment déclarer ta plus-value marocaine sur ta déclaration d'impôts en France ?

Tu remplis le formulaire 2042 (cadre 8) et le formulaire 2047 pour les revenus perçus à l'étranger. Tu déclares aussi tes comptes bancaires marocains via le formulaire 3916. La convention FR-MA neutralise l'IR via un crédit d'impôt, mais les PS de 17,2 % restent dus. L'oublier expose à des pénalités lourdes : intérêts de retard de 0,20 %/mois, majorations de 10 à 80 %, et 1 500 EUR d'amende par compte non déclaré (art. 1736-IV CGI).

Tu peux faire une donation pour éviter la TPI au Maroc ?

La donation familiale (Hiba) est exonérée de TPI au moment de la transmission (art. 63-III CGI-MA). Mais attention : elle ne supprime pas la TPI future. Quand ton enfant revendra le bien, le prix d'acquisition retenu restera celui de la dernière cession à titre onéreux, pas la valeur au jour de la donation (art. 65 CGI-MA). Contrairement à la France où la donation purge la plus-value, au Maroc le compteur ne repart pas à zéro. La donation reporte l'imposition, elle ne l'élimine pas.

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Yazid El-Wali

Fondateur de Moriginals. Formation en gestion des instruments financiers, programme Goldman Sachs "10,000 Small Businesses" (ESSEC). Ancien banquier et expert-comptable, fondateur de plusieurs CFA en France.